Floyd Shakim

Floyd Shakim

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Producer/singer Floyd Shakim is a mysterious artist. Based in Paris, he belongs to a generation of curious and hybrid artists.

His creations and his unique universe have no boundaries, the sound he builds on « Mermaids Fade » is filled with various influences, a mixture of genres. The EP displays a technicality inspired by a most modern musical tradition: from James Blake (with whom he shares the taste for musical architecture), to King Krule or Mount Kimbie who can almost be heard as an echo on certain tracks, not to men

09/03/2026

À quoi bon ?

À quoi bon faire de la musique, à quoi bon écrire, à quoi bon parler à la radio, à quoi bon dessiner, peindre, construire, à quoi bon faire le troubadour devant une centaine de personnes ?

À quoi bon. Ce sont ces trois mots qui, comme un vertige, semblent tourner autour des conversations que j'ai depuis quelques temps avec amis, artistes, travailleurs.euses de la culture et autres confidents occasionnels dont l'idée de perdre l'écho de leur l'enthousiasme me terrifie. Et c'est ce vertige qu'il me semble important de regarder.

Plus que jamais nous avons besoin de produire des imaginaires qui ne proviennent pas de discours, structures ou habitus dominants. De ces discours naîtront fatalement les ferments de paradigmes justes, souhaitables et féconds, tout le contraire de la morbidité que l'on tente de nous faire accepter comme seule issue possible.

Plus que jamais il est important de résister à ces pentes, par poches, aussi minces soient-elles, avec les aptitudes, les modes d'action et de creation à notre portée, car, comme l'écrit Joseph Andras sur la couverture de "La vie bonne" : Nous savons tout. Et dénoncer, nous savons plus que tout. Reste à bâtir l'âge de l'égalité.

Il ne s'agit pas de résilience, mot qui semble avoir été inventé et reprit ad-nauséam par notre société pour à la fois se déresponsabiliser du malheur qu'elle crée et culpabiliser ou discriminer ceux qui n'arrivent pas lui survivre.

Il s'agit de créer. Et créer, produire des imaginaires, ce n'est pas vraiment se couvrir les yeux et ça ne relève pas non plus de l'immaculée conception, c'est aussi faire rendre gorge au réel ce qu'il a de potentialités désirables. C'est témoigner, oui, mais aussi témoigner vers...avec la beauté dont nous pouvons user.

Tout ça pour dire que, comme vous, partager quotidiennement l'abjection de cette époque m'épuise et qu'au lieu de céder à une certaine fatalité, un certain découragement, j'aime croire qu'il y a dans tout cette fumée quelque chose de fertile.

Le monde n'est pas trouble, il est terriblement clair. Soyons clairs alors.

21/11/2024

Elles ont la couleur de leurs ongles
ils ont la couleur de la terre
la peau tannée le cuir rouge de la terre agricole
les travailleuses ont des kaplas
sous le sang
en
équilibre

leurs ombres courbées mordent la tourbe
le creux du ventre a la souplesse du dos
le ventre se multiplie autant de fois qu’il le faut
la multiplication de son amour est irréversible

de toutes façons,
elles ne réclament plus rien
elle récoltent

le ciel et son fer rouge pèse tellement
qu’elles ne sentent plus le feu
c’est la terre qui brûle
elle a fini de rendre
et les bras bêchent
comme on tire le lait
d’une bête horrible

les muscle battus ont une apparence de bois sec
la sueur a confit la peau
elles ont la peau du monde
tendue sous des lanières lourdes
elles ont la peau du monde
et la font transpirer

elles ne réclament plus rien
elles récoltent

pour le compte des comptes

elles chassent les insectes
leur chair sur un fil
à grand couteaux de paumes
et se demandent ce qui les lie
l’oubli le sel
profanes
leurs ailes en papier sacré

leur constellation
de dos luisants
s'éteint par endroit
le sel est un mensonge
coriace
comme un bord de mer

elles piétinent la parole
celle à la racine
sous le caoutchouc des bottes marbrées
les pieds joints dans le ciel marron
elles piétinent la rosée
puis leurs yeux
ils ont la couleur du labeur
de leur silence
il est trop vaste pour elles

elles ne réclament plus rien
elles récoltent

les hommes sont loin
voraces
près de leur absence
ils leur ont dit
qu’on tenait la parole
en trop haute estime
c’est leur mensonge
petite musique basse
qui détruit la terre

leur violence dépasse
leurs gestes
elle flotte
flotter est une autre manière de mourir

(Photo anonyme)

17/11/2024

Du sucre plein les doigts
il s'est décidé
Enfin
devant tout le monde
les rayons tendus sur la corniche
leurs dents plantées
dans son ombre
au sol des cheveux mouillés
à peine
des mains éblouies
comme pour regarder un miracle
Il a des corneilles sous les bras
et le dos courbe
lorsqu'il s'adresse
aux autres
il veut leur prouver qu'il existe
il veut se prouver qu'il existe
entre ses doigts nerveux
la vierge noire au cou pendante
crasse mouillée
par les eaux du ciel
tapie la bile au fond des yeux
du sang noir
aux larmes blanches
il y a une tâche qui se propage
à l'intérieur
entre les côtes
et elle a la couleur de leurs crânes
sous le soleil gras
il a des queues de lézards dans les doigts
et dessine dans les airs
des lignes folles
Les corps qu'il fait rouler
sous les paupières
ont tous le même visage
il se dit qu'ils devraient lui manquer
le manque
c'est la puissance
Il s'est décidé
Enfin
devant tout le monde
les rayons tendus
ne mordent plus
qu'un seul oiseau
une corneille
et quelques brins d'herbe
qu'elle a relâchée
pendant son envol

Photo : Robbie Mcintosh ©️

Photos from Floyd Shakim's post 28/08/2024

La bouche

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