Hommage a ceux et celles qui pensaient que manger au restaurant ou aller voir un concert pouvait se faire en toute liberté!!!
Liberté, Égalité, Fraternité est la devise de la République française, de la République d’Haïti, de la Grande Loge de France et du Grand Orient de France. Elle figure dans l'article 2 de la Constitution française de 1958. Elle trouve son fondement dans l'article 1er de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui est l'un des trois éléments du bloc de constitutionnalité1. « Tous
les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité » (article 1er de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948). Cette triple devise apparaît pendant la Révolution française et dans la révolte des esclaves d'Haïti. Elle fut d'abord une formule parmi d'autres, utilisée durant la période révolutionnaire sous la forme : Liberté, Égalité, Fraternité ou la Mort. Elle est adoptée officiellement en France une première fois en 1848 par la Deuxième République, et depuis 1879 par la Troisième République lors de la révision constitutionnelle.
À propos des origines de la devise, l'historienne Mona Ozouf explique :
« Sans doute a-t-on pu retracer l'histoire pré-révolutionnaire de la formule, et faire remarquer que les trois mots magiques de nos frontons étaient déjà parmi ceux qu'affectionnaient, au XVIIIe siècle, les sociétés de pensée. Mais ils figuraient au milieu de beaucoup d'autres, Amitié, Charité, Sincérité, Union. Les francs-maçons usaient surtout d'Égalité, un peu moins volontiers de Fraternité, montraient plus de tiédeur encore à Liberté, et une franche indifférence à l'arrangement : Liberté-Égalité-Fraternité, alors même que les enchantaient par ailleurs les cadences ternaires (Salut, Force, Union, par exemple). Les longues collectes entreprises dans le lexique des Lumières se sont révélées également décevantes. On voit sans doute souvent briller les trois mots dans le tamis des orpailleurs du lexique, mais ce sont des paillettes isolées, qui ne s'agrègent que fort rarement en triade organisée (...)2. »
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 fixe deux des trois principes clés de la République : la liberté et l’égalité. La fraternité arrive un peu plus t**d : le 14 juillet 1790, le mot apparaît sur les drapeaux des fédérés lors de la fête de la Fédération au Champ-de-Mars3. Considérations historiographiques
Tympan de l'église d'Aups, dans le Var, avec une inscription datant de 1905 à la suite de la loi sur la séparation des Églises et de l'État en 1905. Toujours selon Mona Ozouf, « la naissance de la devise manque d'éclat et de netteté (...) ». Aulard suggère que la fabrication de la devise s'est échelonnée en trois mouvements, chacun d'eux correspondant à une époque distincte du processus révolutionnaire. Voici d'abord la Liberté, concept le plus populaire des premiers jours de la Révolution. Puis le 10 août ouvre la carrière de l'Égalité. Il faut attendre la fin de la période montagnarde pour voir donner sa chance à la Fraternité. Le rythme ternaire de la devise est donc un rythme de succession temporelle. Mathiez, d'accord en cela avec Aulard, suggérait que la Fraternité avait été un apport plus t**dif encore, d'origine maçonnique, qui avait dû, pour s'imposer, attendre 1848. Au moulin de ces hypothèses historiennes, l'organisation calendaire des révolutions vient, du reste, apporter de l'eau : on avait distingué un an I de la Liberté, inauguré par le 14 juillet 1789, et un an I de l'Égalité, ouvert par le 10 août 1792. Premiers usages
Enseigne (?) alsacienne de la période révolutionnaire, 1792. Freiheit Gleichheit Brüderlichk(eit) od(er) Tod (Liberté Égalité Fraternité ou la Mort)
Tod den Tyrannen (Mort aux Tyrans)
Heil den Völkern (Vivent les Peuples). Camille Desmoulins associe les trois termes dans cet ordre en 1790, dans son journal Les révolutions de France et de Brabant, à propos de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790 : « après le serment surtout, ce fut un spectacle touchant de voir les soldats citoyens se précipiter dans les bras l'un de l'autre en se promettant, liberté, égalité, fraternité »4. Le premier à avoir formulé cette devise en tant que telle est Maximilien de Robespierre4,5 dans son Discours sur l'organisation des gardes nationales, imprimé mi-décembre 1790 et diffusé largement dans toute la France par les Sociétés populaires6, même s'il ne fut jamais prononcé, ni le 5 décembre 1790, ni les 27 et 28 avril 1791, jours où l'Assemblée constituante discuta des gardes nationales. Son projet de décret prévoyait leur tenue : « Article XVI. Elles porteront sur leur poitrine ces mots gravés : LE PEUPLE FRANÇAIS, et au-dessous : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE. Les mêmes mots seront inscrits sur leurs drapeaux, qui porteront les trois couleurs de la nation. »7. On retrouve cette devise dans la bouche de l'Anglais Lord Stanhope et de Momoro8. Ce dernier la reprend au Club des Cordeliers le 29 mai 17917. Elle est mise en avant le 15 avril 1792 lors de la « fête de la liberté » donnée pour soutenir les 138 Suisses de Châteauvieux, tous condamnés à mort pour rebellions à cause du ret**d de paiement des soldes. Le Grand Orient de France a créé fin 1792 une loge militaire portant le titre distinctif « Liberté, Egalité, Fraternité » sise à l’orient de la légion franche étrangère. Cette loge a été installée le 4 mars 1793 par la Respectable Loge « L’Amitié et Fraternité » (Orient de Dunkerque)9. C'est la Commune de Paris qui adoptera officiellement en premier la formule lorsque son maire, Jean-Nicolas Pache, ordonnera le 21 juin 1793 de faire peindre sur les murs de la maison commune, la formule : « La République une et indivisible - Liberté, Égalité, Fraternité ou la mort ». Mais lors de la Fête de la loi, célébrée le 3 juin 1793, en l'honneur de Simoneau, maire d'Étampes, la devise mise en avant était : Liberté, Égalité, Propriété10. La devise est progressivement abandonnée avec la fin de la Révolution, le Directoire de l'an V à l'an VII préconisant notamment le « serment de haine envers les monarchistes et les anarchistes », en lieu et place du « serment de fraternité »11. Une légende attribue à Jean-Baptiste Belley, premier député noir français, l'idée d'ajouter le mot fraternité à la devise Liberté, Égalité12. Postérité
La devise est mise à mal avec les principes mêmes de la République : elle disparaît sous l'Empire et la Restauration avant de resurgir avec la révolution de 1830. Elle est ensuite régulièrement revendiquée par différents révolutionnaires, en particulier le socialiste Pierre Leroux, qui participe largement à sa reconnaissance comme principe de la République, mais aussi Alexandre Ledru-Rollin, Lamennais ou Philippe Buchez ; elle est également agréée par les participants au premier banquet communiste de Belleville, autour de Théodore Dézamy et de Jean-Jacques Pillot, en 1840, à condition que la fraternité contribue à étayer l'instauration de la « communauté »13. Avec la révolution de 1848, la IIe République l’adopte comme devise officielle le 27 février 1848, grâce à Louis Blanc, elle est « empreinte d’une dimension religieuse : les prêtres célèbrent le Christ-Fraternité et bénissent les arbres de la liberté qui sont alors plantés. Lorsqu’est rédigée la Constitution de 1848, la devise “Liberté, Égalité, Fraternité” est définie comme un “principe” de la République : l'article IV précise en effet que la République « a pour principe la Liberté, l'Égalité et la Fraternité. Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété et l'Ordre public »14 ». Parallèlement, le Grand Orient de France en fait sa devise officielle dans la rédaction de sa Constitution en 1849 et l'introduit même dans son rituel en 188715. Cependant encore une fois, la République se divise : la répression du soulèvement ouvrier de juin 1848 et le retour de l'Empire remettent en question la philosophie et la portée de cette triade. Ce n'est que le 14 juillet 188016 qu'elle apparaît sur les frontons de toutes les institutions publiques : sous la IIIe République, la devise est adoptée comme symbole officiel de la République17 malgré « quelques résistances, y compris chez les partisans de la République : la solidarité est parfois préférée à l’égalité qui implique un nivellement social et la connotation chrétienne de la fraternité ne fait pas l’unanimité »14. Le régime de Vichy la remplace par la devise Travail, Famille, Patrie, qu’on retrouve sur les pièces de monnaie de l’époque, encore en cours dans les années 1960 (avant le passage complet au Nouveau franc). Au sein de la France libre, la devise est évitée pendant près d'un an comme « politique », pour des motifs d'opportunité18, avant d'être revendiquée, à partir de l'automne 194119. Au milieu du XXe siècle, elle s'inscrit durablement dans l'histoire de la République française, avec la constitution de 1946. Autres usages
L'article 4 de la constitution haïtienne de 1987 dispose : « La devise nationale est : Liberté – Égalité – Fraternité20. »
Richard Stallman, militant du logiciel libre, s'y réfère pour expliquer les principes de ce mouvement21,22 : « Je puis expliquer la base philosophique du logiciel libre en trois mots : liberté, égalité, fraternité. Liberté, parce que les utilisateurs sont libres. Égalité, parce qu'ils disposent tous des mêmes libertés. Fraternité, parce que nous encourageons chacun à coopérer dans la communauté21 ». Signification des éléments de la devise
Liberté
Article détaillé : Liberté. Génie de la Liberté, place de la Bastille à Paris. La déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 définit ainsi la liberté :